Je me souviens...

C'était le jour de mon anniversaire... Il y a bientôt 3 ans... Un appel, tard, très tard... On m'apprend, sans ménagement, que tu as une tumeur inopérable et que tu n'en as plus que pour quelques semaines... Le choc... La tristesse... Et puis, non, pas question ! Tu vas te battre et on va tous t'aider ! Promis !

Je me souviens...

Ton courage... Ton moral à toutes épreuves... Ton combat contre cette "maladie qui ne gagnera pas"... Mes appels, tes visites... Ton humour toujours intact malgré ton lourd, trop lourd traitement... Notre humour commun à "deux balles" parfois...

Je me souviens...

Tes confidences... Ton entière confiance en moi... Ta sympathie, ton amitié sans doute...

Je me souviens...

L'amélioration, les analyses qui sont excellentes... La régression de la tumeur... La joie, l'optimisme, l'entr'ouverture du bout du tunnel... Les soit-disant "quelques semaines qui te restait à vivre" et tu es là, et bien là ! :-)

Je me souviens...

Ta reprise de travail à mi-temps... Parce que le travail, même si ces ordures t'ont méprisé, exploité, dénigré, mal traité moralement, c'était toute ta vie... Ca faisait partie intégrante de ta thérapie, disent les médecins... Pour aider à la guérison, il ne faut pas te couper du travail que tu aimes tant... Et puis ils ont coulé l'entreprise et tu as subi un nouvel énorme choc...

Je me souviens...

Jamais tu ne te plains... Toujours tu dis que ça va... Que c'est toi le grand vainqueur...

Je me souviens...

Tes pertes de mémoires... Tes petites pertes d'équilibre, que moi seule voyais...

Je me souviens...

La récidive... Le second combat avec le traitement encore et toujours plus lourd... Les kilomètres quotidiens pour supporter ces séances dans une clinique si lointaire de nous...

Je me souviens...

Les projets dont tu parlais encore il y a 15 jours... La joie de nous revoir tous, tes collègues (je ne dis pas ex-collègues, car je sais que pour toi, nous resterons toujours tes seuls et uniques collègues, que tu aimes tant)...

Je me souviens de tout aujourd'hui, alors que je viens d'apprendre que c'est fini ; "on" ne peut plus rien pour toi, hormis tenter de limiter tes souffrances et hormis le fait que ta femme va faire tout son possible pour que tu restes chez toi, avec les tiens... Tu ne peux plus te déplacer, tu as perdu définitivement tout équilibre physique... Tu as le moral qui flanche pour la première fois... Je te comprends, oh que je te comprends fort bien ! Mais tu n'as pas à avoir honte, tu sais ! Oh que non !!!

Tu y crois encore au fond de toi, j'en suis certaine. Je te connais trop bien pour savoir que jusqu'au bout, tu refuseras de lâcher prise. TU ES UN GRAND CHAMPION !!!

Je vais venir te voir très, très bientôt ! On va se marrer, faire comme si de rien n'était, ni toi, ni moi, parce qu'on est comme ça, tous les deux : pudiques...

Je n'oublie pas...

Que je t'aime beaucoup et que je serai là jusqu'au bout, quoi qu'il puisse arriver !

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